
Le constat : Perpignan est asphyxiée par les voitures, on y circule trop bien !
35 000 véhicules par jour transitent sur le pont Arago à l’entrée de la ville. Autant que sur l’autoroute A9 !
Partant de cette entrée de ville, les boulevards constituent une autoroute en ville, une véritable coupure urbaine et la principale source de pollution en ville :
– une place Catalogne intraversable pour les piétons et cyclistes,
– 30 000 véhicules par jour sur le boulevard des Pyrénées, avec une vitesse souvent supérieure à la limite de 50 km/heure,
– des embouteillages aux carrefours à chaque sortie d’école/travail, avec des automobilistes souvent agressifs,
– des bus coincés dans la circulation, ce qui les rend peu efficaces et donc attractifs.
Les différentes autorités publiques (mairie, communauté urbaine, Conseil départemental, évoquent la réalisation de la rocade comme solution à ces maux. Or l’ouverture du second tronçon de la rocade n’a que peu modifié la situation, car de l’aveu même du Conseil Départemental, en l’absence de frein mis à la traversée de Perpignan par les boulevards, les automobilistes continuent de les emprunter.
Face à ce constat dressé depuis le premier plan de déplacement urbain de 2010, rien n’a bougé. Le projet de rénovation de l’entrée de ville (Cours Escarguel et Pont Arago) un temps envisagé par l’actuelle municipalité ne sera pas réalisé sur cette mandature… Le projet de passage de l’ensemble de la ville en zone 30, une très bonne nouvelle, ne concernerait pas les boulevards … chercher l’erreur !
Pourtant il est possible de changer la ville ! Vélo en Têt s’attaque aux boulevards
Au cours d’une série d’ateliers entre ses membres, usagers de la ville et bien sûr de la bicyclette, Vélo en Têt a dessiné une évolution tout à fait réaliste de la circulation sur les boulevards de Perpignan, permettant de limiter le trafic et la pollution, libérant la place pour une desserte pratique par les transports en commun, la circulation à vélo et à pied, et permettant d’effacer la coupure entre le centre-ville et les quartiers adjacents.

Nos partis-pris sont simples :
- Une circulation apaisée : une limitation de la vitesse à 30 km/heure sur l’ensemble de la ville, le déploiement de zones piétonnes dans le centre de la ville et de zones de rencontre (20 km/heure avec priorité aux piétons et vélos) dans toutes les zones qui n’ont pas vocation à être accédées en dehors de leurs habitants et leurs commerces ;
- Des voies dédiées au transport en commun sur les boulevards, permettant d’accueillir les axes rapides Nord/Sud et Est/Ouest en site propre, et de traverser rapidement le centre pour toutes les lignes. Les pôles d’échange entre lignes sont implantés Place Catalogne et à la gare, en dehors de l’hyper-centre qui doit être rendu aux piétons (seule la navette faisant la desserte interne au centre circule à l’intérieur du ‘médaillon’) ;
- Une intraversabilité du centre-ville (proposée et défendue de longue date par notre association) et plus largement des quartiers d’habitation, pour les rendre à leurs habitants : l’accès en voiture est réservé aux riverains, aux livraisons, aux usagers des parkings. Les plans de circulations font en sorte que les automobilistes rentrent et sortent de la zone de résidence considérée du même ‘côté’ du centre ;
- Des liaisons cyclables sécurisées et continues pour traverser les quartiers et connecter les quartiers entre eux.
Partant de là, la conclusion s’impose rapidement. Sur les quatre voies des boulevards Escarguel/Pyrénées/ Mercader aujourd’hui dédiées à la voiture :
– deux doivent être le support du transport en commun dans les deux sens pour une irrigation de la ville et un transit Nord-Sud,
– une doit servir au déplacement à vélo dans les deux sens.
– Il ne reste qu’une voie pour les voitures, donc sens unique !
La mise en sens unique pour les voitures sur une seule voie de l’ensemble des boulevards entourant le centre-ville (ou ‘rondas’), évoquée de longue date, permet de repousser le trafic de transit sur la rocade et de déployer les transports alternatifs, tout en permettant aux automobilistes actuels qui ont quelque chose à faire en ville (RDV administratifs ou médicaux, etc.) d’y accéder.
En conséquence, fini les bouchons ou la vitesse selon les heures, l’agressivité qui va avec, et le centre de la ville est enfin relié, par des artères apaisées – urbaines ! -, à ses quartiers adjacents. Au-delà des boulevards, le pont Arago devenu urbain peut enfin faire la couture entre la ville historique et le Vernet, plutôt que de dresser une frontière infranchissable.

Les conséquences globales de la fin du transit automobile en ville
Tout d’abord, le centre-ville est rendu à ses habitants et visiteurs et le ‘tourisme automobile’ est donc banni. Notamment, la circulation automobile sur le boulevard Clémenceau et l’avenue de la Gare, devenus zones de rencontre, est réservée aux riverains, services publics, livraisons et bien sûr bus et pistes cyclables.
Imaginons la respiration et l’épanouissement des commerces de proximité, des terrasses, soustraits aux flux incessants de la circulation, et la tranquillité des piétons et cyclistes, aujourd’hui sans arrêt sur leurs gardes dans le flot automobile (agressif). Pour les habitants hors centre-ville mais usagers de la ville, des parkings relais au Nord/Sud/Ouest/Est de la ville, sur les deux axes structurants de transport en commun, gratuits avec le ticket ou l’abonnement de bus, permettent de se rendre en moins de 10 minutes à la gare ou au centre-ville.
Ensuite, chaque traversée des boulevards est à repenser pour relier le centre aux autres quartiers. Vélo en Têt a fait l’exercice pour la rue Foch, du carrefour St Martin au Conservatoire, aujourd’hui une rue coupée en deux par le boulevard : la portion de la rue Foch côté St Martin sera rendu piétonne, devenant un véritable carrefour de centre-ville. En conséquence, le plan de circulation sera revu sur le quartier, et l’avenue Julien Panchot qui dessert le carrefour St Martin sera mise en sens unique sur sa dernière portion. L’avenue du Lycée, aujourd’hui encombrée de voitures à l’entrée du lycée Arago comme au pied de l’école maternelle Jules Ferry, deviendra apaisée en réorganisant la place des cheminements piétons et vélos, de la voie bus et de la circulation ainsi que le stationnement automobile.
En conclusion, en partant de cette réorganisation de la circulation sur les boulevards, l’ensemble des liaisons quartiers/centre peuvent être repensés, en se basant sur les deux principes suivants :
- Priorité aux vélos et bus sur les axes principaux
- Desserte de chaque ilot résidentiel avec une circulation qui empêche leur traversabilité.
Ces partis pris conduisent à donner de la place aux aménagements cyclables et aux transports en commun, offrant ainsi une alternative aux déplacements motorisés aujourd’hui prépondérants, mais aussi à rendre vivable les quartiers de la ville, et donc rendre la ville plus attractive.

C’est faisable … rapidement et à moindre frais !
Le plus incroyable dans cette proposition, c’est qu’une telle réorganisation peut être mise en œuvre très rapidement et à moindre frais, par simple modification de la signalisation verticale et au sol, c’est-à-dire du plan de circulation. Les boulevards sont larges, l’espace est disponible, il suffit de l’attribuer différemment, pas besoin de reprendre la voirie des boulevards de façade à façade pour des dizaines de millions d’euros !
Des pictogrammes ‘Voies réservées’, des pistes cyclables à la mode ‘coronapistes’ (voir notre proposition faite en 2020) peuvent faire l’affaire en attendant des travaux plus lourds (et étalés dans le temps) de réorganisation des carrefours et de reprises de voirie, notamment l’élargissement des trottoirs.

