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Ma lettre au Maire

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Monsieur Alduy,

En tant que membre de l'association Vélo En Têt, j'ai eu connaissance du compte-rendu de la réunion sur la politique de la ville concernant le vélo, tenue le 27 avril dernier, dans laquelle vous avanciez «qu'il existe une culture locale conditionnée par l'usage de l'automobile», afin de justifier votre politique du tout voiture.

Ces propos, je l'avoue, me plongent dans une certaine stupeur mêlée d'incompréhension. Alors comment expliquez-vous l'exemple d'une ville limitrophe comme celle de Toulouges avec son nouveau collège, où 150 élèves sur 600 viennent à vélo (200 prévus pour l'an prochain, d'après le Principal) ? La "culture locale" se limiterait-elle à la stricte ville de Perpignan ?

Force est donc de constater que le vélo ne pourra réellement se développer que s'il y a des structures adéquates, EN CONTINU, où le cycliste n'aura pas l'impression de risquer sa vie à chaque carrefour ou dès que la piste s'arrête, ce qui la rend inutilisable.

D'autre part, je vous invite à lire sur le site de notre association le témoignage d'un ancien Perpignanais devenu Strasbourgeois qui conclu ainsi : «Les décideurs politiques de Perpignan sont-ils seulement capables de réaliser que la situation du vélo dans leur ville est catastrophique ?»

Réponse de Monsieur Alduy le 26 juin 2006 :

Madame,

C'est avec regret que j'ai pris connaissance de votre courrier[...].

Je suis stupéfait que l'on puisse dire, et encore davantage écrire, que la municipalité ainsi que la communauté d'agglomération que j'anime, développent "une politique du tout voiture "! C'est là, non seulement une vision partisane et aveugle mais une attaque qui décourage une équipe qui avance à contre-courant des concitoyens qui l'ont élu parce qu'elle croit, comme vous, à la nécessité de promouvoir le vélo et les transports en commun.

Les caricatures ne font jamais progresser le débat d'idées surtout dans une démocratie où il est nécessaire d'apprendre à respecter l'opinion de chacun.

Ma réponse le 17 septembre 2006.

Monsieur le Maire,

Je vous remercie d'avoir prêté attention à mon courrier, permettez-moi d'y répondre à mon tour.

Vous évoquez la démocratie, c'est en son nom que je me suis exprimée.

Voilà maintenant 4 ans que j'habite Perpignan, et on voit les choses de façon beaucoup plus lucide et objective pour ce qui est de la comparaison avec les autres villes en ayant un peu de recul. Malheureusement, force est de constater qu'à Perpignan, malgré les effets d'annonce, peu de choses ont bougé, mis à part l'implantation d'arceaux, que je vis comme du grain à moudre pour l'association Vélo En Tet.

Si caricature il y a, c'est moins un effet de style de ma part qu'une réalité que l'on vit ici au quotidien.

Alors, si vous envisagez ma lettre comme une attaque qui décourage une équipe qui avance, de toutes façons, étant donné la vitesse "d'escargot" à laquelle celle-ci évolue sur ce plan, ma critique ne risque pas de "freiner" grand chose. Je dirais même que ce serait plutôt aux cyclistes d'être découragés...

Et pourtant, le potentiel est là : de très nombreuses personnes aimeraient faire du vélo, mais ont peur car ne trouvent pas de pistes cyclables en continu poureffectuer leur parcours. L'association Vélo En Tet dont je suis membre est à ce titre un baromètre intéressant pour mesurer les attentes des perpignanais : il y a 4 ans elle comptait 15 adhérents, aujourd'hui je crois savoir que nous sommes environ 200.

Alors qu'à présent toutes les villes s'accordent à reconnaître que pour diminuer le nombre de voitures et encourager la pratique du vélo, de la marche et des transports en commun, il faut faire baisser la place de la voiture, à Perpignan, on pense visiblement différemment.

Afin d'illustrer votre politique du tout voiture que vous récusez, voici quelques exemples (liste non exhaustive) :

1. L'existant

-sur la première page du magazine de la mairie de mars 2004, on peut admirer la photo d'une voiture entrant dans un parking neuf (gros plan sur le panneau du parking), accompagné d'un titre surréaliste : "Mélodie en sous-sol" ;

-tout semble conçu pour obliger l'usager à faire ses courses uniquement en voiture : les énormes grandes surfaces qui éclosent aux alentours de Perpignan (y compris Véloland !), où la seule possibilité de s'y rendre sans risque de se faire écraser est la voiture, sans parler du lotissement de la "Porte d'Espagne" ou le tout nouveau "Mas Balande" complètement phagocytés par des grosses artères ;

-dans l'exposition récente (fév. 2006. Exposition sur la circulation à Perpignan au Couvent des Minîmes) sur la circulation, la ville s'est enorgueillie de proposer plus de stationnement proportionnellement que Toulouse et Montpellier ;

-les voitures continuent à traverser l'hyper centre sans nécessité (par exemple rue Alsace-Lorraine et Louis Blanc) et à stationner sur de jolies petites places (par exemple place des poilus) ;

-les transports en commun ne sont pas suffisamment performants pour inciter les gens à laisser leur voiture aux parc relais (il y a même un recul puisque la gratuité de la navette du parc des expositions a disparu).

2. Projets

Et que penser des projets gigantesques à plus ou moins long terme :

-Une nouvelle rocade à l'ouest de la ville, à 2x2 voies pour les voitures.

-Une nouvelle rocade à l'Est de la ville, à 2x2 voies pour les voitures.

-Un pont à 2x2 voies sur la Têt, pour envoyer les voitures de la rocade Ouest vers Saint Assiscle.

-Des parkings en ville (place République, Dalle Arago, caserne Dagobert, boulevard Wilson, Quai de L. de Tassigny, ...)

-Et enfin, un nouveau Pont sur la Têt au centre de la ville, au niveau de l'avenue Roudayre et de la rue des Coquelicots.

Tous ces nouveaux aménagements en faveur de la voiture, sont coûteux, irréversibles, et incitent un peu plus à son utilisation. Par voie de conséquence, ils dégradent les conditions de circulation des piétons et des vélos, et dévalorisent les transports en commun.

J'espère que cette lettre, malgré un ton qui peut paraître parfois mordant, ne paralysera pas davantage le dynamisme de vos équipes, car en fin de compte, le plus important, est de faire avancer ensemble la construction d'une cité durable et cyclable !

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