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Cabestany : une politique cyclable qui va dans le mur ?

 

Dans cet article, nous vous proposons un état des lieux des aménagements et de la politique cyclable de la commune de Cabestany (66330), membre de la communauté urbaine Perpignan Méditerranée Métropole.
Celui-ci se base sur l’évaluation exhaustive des équipements cyclables existants, des services vélo proposés et de la prise en compte des doléances des usagers par la municipalité.

 une politique cyclable qui va dans le mur ?

 
⚠️ Cet article est long (surtout la première partie), alors nous vous proposons ci-dessous un sommaire vous permettant de sauter directement à la/aux partie(s) qui vous intéresse(nt).
Bonne lecture 😉

Sommaire

1) Les voies cyclables
2) Autres dispositifs destinés aux cycles
3) Les services vélo
4) Prise en compte des doléances des usagers
   Petit historique
   Entretien avec l'élu à la mairie de Cabestany
   Les double-sens cyclables (DSC)
   Piste cyclable Cabestany-Saleilles côté Cabestany (en face du complexe sportif La Germanor)
   Axe av. Mitterrand - rte de Saleilles : le nouveau projet qui (nous) fâche
   Actualités
Conclusion

 

1) Les voies cyclables

➡️ Avant toute chose :
1) Rappel des panneaux à connaitre pour se déplacer à vélo.
2) Les différents types de voies cyclables (piste cyclable, bande cyclable, voie verte, etc.) ont une définition et des règles bien spécifiques dans le code de la route.
3) Le Cerema, organisme officiel de référence, fait des recommandations bien précises sur la manière de les mettre en place.

 

ℹ️ Les voies cyclables de la ville sont indiquées sur une carte (produite par Perpignan Méditerranée Métropole) accessible sur le site de la commune.
Nous les avons référencées et analysées ci-dessous (d’Ouest en Est) :

 

- Liaison Perpignan-Cabestany via route de Perpignan

Route de Perpignan direction Cabestany

Bien que référencée comme une « piste cyclable bidirectionnelle » par PMM, rien dans la signalisation n’indique qu’il s’agit d’une piste cyclable et cette voie est bien unidirectionnelle. La signalisation au sol (pour les cycles et les piétons) est sans équivoque.
Dans la pratique, cet aménagement voit se côtoyer tous types d’usagers (piétons, vélos, trottinettes, rollers…) sans en interdire aucun (y compris motorisés !). Dans la mesure où il s’agit du seul accès piéton existant, cet équipement s’apparente plutôt à une voie verte, bien qu’il ne soit pas non plus signalé comme tel…

- Avenue La Vigneronne « piste cyclable unidirectionnelle »

Encore une fois, pas de signalisation verticale pour indiquer ce cheminement, positionné à la hauteur du trottoir, ce qui le rend inaccessible en l’absence d’un abaissement, par exemple quand on vient de Perpignan…

avenue de la Vigneronne, Cabestany

De fait, cet aménagement se confondrait complètement avec un trottoir s’il n’y avait pas quelques pictogrammes vélo de temps en temps… Le Cerema, organisme de référence, fait pourtant des recommandations précises (voir p.3) à ce sujet.
➡️ C’est dommage car il existe déjà deux espaces sur le trottoir séparés par une bande arborée. Il ne manquerait qu'un revêtement ou une peinture spécifique pour identifier plus clairement la piste.
Dans l’axe sud-nord, la liaison n’est pas assurée avec le Chemin du Mas Anglade.
On notera comme point positif la matérialisation des traversées en vert (mais elles auraient bien besoin d’un rafraîchissement).

- Chemin du Mas Anglade « piste cyclable unidirectionnelle »

Ce cheminement est dans l’esprit du précédent mais sans matérialisation des traversées et avec un partage forcé du trottoir étroit avec les piétons au niveau de l’arrêt de bus.
Il s’interrompt brutalement à la moitié de l’axe sans proposer de continuité avec le secteur de la clinique Médipôle, pôle d’activité majeur de cette zone…

- D22 « bande cyclable »

Cet axe routier traverse la ville du Nord au Sud. Le schéma est le même de Perpignan à Saleilles : une simple bande cyclable (des pointillés de peinture blanche sur le goudron), qui s’interrompt à chaque rond-point. Quand on sait que c’est justement aux intersections que les cyclistes sont le plus en danger…

D22, Cabestany

De plus, aucune séparation physique avec les véhicules motorisés n’a été prévue.
Pour une route départementale qui voit passer chaque jour entre 5 et 10 000 véhicules (chiffres du CD66) et des vitesses comprises entre 50 km/h (vitesse max autorisée) et 70-80 km/h (vitesses fréquentes sur les lignes droites), on est en droit de se demander dans quelle mesure les collectivités ont une responsabilité en cas d’accident impliquant un usager vulnérable. En effet, on ne compte que 4 ralentisseurs sur les 4 km de départementale dans la commune.

- Chem. de Château Roussillon « piste cyclable bidirectionnelle »

Quand on part du rond-point des Gilets Jaunes, le segment indiqué côté Est de l’axe n’existe tout simplement pas.
Concernant le cheminement piétons-vélos côté Ouest, en plus des défauts précédemment relevés, c’est la confusion totale au niveau de la signalisation horizontale : on trouve sur la même voie de circulation, tantôt des pictogrammes piéton, tantôt cycle, parfois dans des sens contradictoires…

Pictogrammes chemin de Château-Roussillon, Cabestany

On peut dire que cela illustre bien l’incompréhension par les collectivités de ce que sont un trottoir et une piste cyclable d’un point de vue réglementaire, et pourquoi la mixité ne fonctionne pas dans la pratique, tout en créant du conflit entre usagers. Nous y reviendrons…
Les traversées ne sont pas matérialisées, obligeant les cycles à mettre pied à terre aux passages piétons.
On notera quand même l’effort de sécurisation de la piste par un plateau traversant quand elle change de côté après la boulangerie.
Le cheminement s’interrompt brutalement avant d’arriver au Chemin De la Roseraie.

- Av. de Château-Roussillon « piste cyclable bidirectionnelle »

Une voie cyclable sur trottoir sur le même modèle que les précédentes…
Curieusement elle ne démarre pas dès l’av Jean Jaurès mais seulement à partir du croisement avec la rue de Picardie.
Cette fois la signalisation semble indiquer une voie réservée aux cycles… mais cela se fait au détriment des piétons dont il ne reste plus qu’à circuler de l’autre côté de l’espace végétalisé, au gré des parkings de voitures. Il y a fort à parier que ces derniers préfèreront emprunter la « piste cyclable » le long de la chaussée plutôt que faire des détours inutiles et risqués…

piétons avenue de Château-Roussillon, Cabestany

On imagine que la finalité de cet aménagement est de desservir l’école élémentaire Buffon mais pour y arriver, les cycles devront prendre le risque de passer derrière des véhicules stationnés. On n’ose imaginer un enfant passant derrière un SUV… Comment peut-on ne pas penser à cela ? En plus les bordures de la piste ne sont même pas matérialisées. On devra se contenter de la séparation médiane en pointillés…

vélos parking avenue de Château-Roussillon, Cabestany

- Av. Jean Zay « piste cyclable bidirectionnelle »

rond-point avenue Jean Zay trajectoires, Cabestany

Beaucoup de choses à dire à travers cette image :
1) Qui voudrait prendre un bout de trottoir en sortie de rond-point pour ensuite traverser à gauche 10m plus loin et prendre le risque de couper la route à une voiture ? (tracé jaune)
Ne vaut-il pas mieux rester au milieu de la chaussée puis directement tourner à gauche ? (tracé vert)
2) Bonne nouvelle : enfin une qualification officielle ! Le panneau vert et bleu carré sur la gauche indique une voie verte. Mauvaise nouvelle : un trottoir ne peut être assimilé à une voie verte !
Le simple fait de peindre un pictogramme piéton à côté d’un pictogramme vélo ne suffit pas à transformer un trottoir en « voie partagée ». Bien que prisée par les communes, cette dénomination n’a strictement aucune existence légale. Ce type d’aménagement est parfaitement illégal !
3) Ce tronçon ne semble pas référencé. D’après la légende, il devrait apparaître en marron (voie verte) sur la carte mais le cheminement n’est représenté que plus haut sur l’avenue.

 
croisement Zay-Maillol, Cabestany

La traversée au niveau de l’intersection avec la rue Aristide Maillol (à droite sur l’image) illustre parfaitement le manque de savoir-faire du cabinet qui l’a réalisée : le cycle souhaitant remonter l’avenue, non content de circuler illégalement sur le trottoir, perd la priorité au niveau de l’intersection, est dans l’angle mort d’un automobiliste qui viendrait du bas et voudrait tourner à droite, est invisible jusqu’au dernier moment pour un automobiliste venant de la rue Maillol et souhaitant remonter.

Le cheminement référencé ne démarre qu’à partir de la rue du Chasselas… mais rien n’indique un aménagement cyclable : ni panneau, ni pictogrammes et ce sur 400 mètres.

croisement Zay-Chasselas, Cabestany
avenue Zay oubli jalonnement, Cabestany

- Chem. du Mas Bonique « piste cyclable bidirectionnelle »

Si l’on vient de l’avenue Zay, il n’y a aucune liaison avec le chemin du Mas Bonique…

jonction Zay-Mas Bonique vue aérienne, Cabestany

Option route en vert / Option trottoir en orange
…et d’ailleurs rien n’indique la piste cyclable dans ce sens !

jonction Zay-Mas Bonique, Cabestany

Il faut passer le premier virage pour découvrir un marquage de piste bidirectionnelle au sol ⬇️

"piste bidirectionnelle" chemin du Mas Bonique, Cabestany

On perd toute trace de cheminement cyclable jusqu’à arriver en face du groupe scolaire Massé où le cheminement (si tant est qu’il y en eût un) devient (on essaye d’interpréter) : une « bidirectionnelle (mais de la largeur d’une mono), partagée avec un trottoir (mais que dans un sens) » !!
Avec en prime un panneau voie verte…
En terme de professionnalisme dans la conception, l’image parle d’elle-même…

chemin du Mas Bonique, voie verte devant école Massé, Cabestany

À partir du groupe scolaire, la « voie verte » passe côté nord-ouest de l’avenue et remplace purement et simplement le trottoir en occupant toute la largeur de ce dernier…

 

chemin du Mas Bonique, voie verte intersections, Cabestany

… d’autant plus que le panneau bleu carré avec un vélo, curieusement positionné en entrée de trottoir (gênant au passage la circulation et représentant un danger de chute), indique légalement « une voie conseillée et réservée aux cyclistes ».
Codifié sous le nom « C113 », ce panneau doit normalement être implanté de manière règlementée. Le moins que l’on puisse dire ici, c’est que son usage détourné est une belle démonstration de ce qu’il ne faut pas faire…
Pour donner un point positif, on pourra apprécier la matérialisation des traversées cycles aux intersections.

Ce cheminement arrive sur le rond-point dit « du haricot », qui une fois contourné, nous fait arriver sur une rampe de saut digne d’un skate park. Gamelle assurée pour les novices !

rampe de saut, rond-point "haricot", Cabestany

- Route de Saint-Nazaire (D42) « piste cyclable bidirectionnelle »

D’entrée la qualification est mauvaise puisque la signalisation indique une voie verte, qui encore une fois occupe la totalité du trottoir.
Le cheminement se termine au croisement avec le chemin du Mas Alart, qui débouche sur un « circuit pédestre VTT » dans les chemins de vigne.

route de Saint-Nazaire, D42, itinéraire circuit pédestre VTT, Cabestany

Même si le département n’a pas (encore) réalisé de piste cyclable pour faire la jonction avec Saint-Nazaire, une continuité cyclable jusqu’aux limites de la commune serait un premier jalon…

- Rue/Avenue François Mitterrand « piste cyclable bidirectionnelle »

Démarrant du parking du complexe sportif « La Germanor », ce cheminement cyclable perd son statut de… voie verte ? (on suppose) en bas de l’axe, puis devient une voie « réservée aux cycles » grâce à l’imbroglio des panneaux C113 (voir chem. Du Mas Bonique) à la première intersection.
N.B. : bien que planifiée, la jonction avec la voie cyclable de la route de Saleilles (D22) n’est pas encore réalisée. Nous y reviendrons…

2) Autres dispositifs destinés aux cycles

À notre connaissance, la commune ne dispose pas de couloir de bus ouvert aux vélos, pas de zone de rencontre, pas de SAS vélo, ni de Cédez-le-passage cycliste au feu.
Même si les voies limitées à 30 km/h ou moins sont considérées de fait comme des double-sens cyclables depuis 2008, la commune n’a pas mis en place les panneaux et panonceaux réglementaires sur les axes concernés (sauf rue Guilhem de Cabestany), bien qu’ils contribuent à clarifier ce dispositif pour tous les usagers et donc à améliorer la sécurité de ceux qui les empruntent.
Même si cela peut paraître contre-intuitif, il a été démontré depuis longtemps que ce dispositif n’est pas dangereux. Au contraire, il oblige les véhicules motorisés à ralentir et apaise ainsi le trafic automobile, apportant plus de sécurité à tous les utilisateurs de la zone 30 (piétons, cyclistes, automobilistes…).

3) Les services vélo

✖️ Aide à l'achat : non

✔️ Stationnement courte durée : oui, voir carte
- 14 sites d'implantation sur la voie publique par la commune pour un total de 80 places, tous gratuits.
- 1 seul couvert (au complexe sportif La Germanor).

✖️ Parkings sécurisés : non

✔️ Location : à venir via PMM (vélos musculaires/électriques + trottinettes électriques)

✖️ Gardiennage de vélos : non

✖️ Consignes : non

✖️ Stations-services vélo : non

✖️ Bornes de chargement VAE : non

✖️ Communication : non

✖️ Incitation au sein du personnel (indemnités km, stationnement, prêt vélos, douches...) : non

✖️ Intermodalité : non

✔️ Itinéraires de loisir : oui

4) Prise en compte des doléances des usagers

Si l’on peut trouver le même genre d’erreurs dans les aménagements cyclables d’autres communes du département et de France, on attend quand même de la municipalité qu’elle fasse front avec les usagers vis-à-vis des maitres d’ouvrage que sont Perpignan Méditerranée Métropole et le Conseil Départemental afin d’obtenir des réalisations de qualité, qui respectent la règlementation et les recommandations du Cerema, et encouragent leurs concitoyens à adopter le vélo comme mode de déplacement/transport.

Petit historique…

Réduction du trafic automobile en centre-ville, respect des zones 30, aménagement de zones cyclables, matérialisation des double-sens cyclables : en réponse à ces demandes formulées depuis un an par un groupe de cyclistes locaux, parent·e·s d’élèves pour la plupart, la ville de Cabestany organise, à l’initiative de son élu, des « ateliers citoyens » sur cette thématique en mai 2021. La synthèse de ces ateliers sera faite à la fin de l’année.
En l’absence de mesures et d’annonces de la part de la municipalité, un collectif local baptisé CABES’ VÉLO se monte et réalise en juin 2022 une campagne d’affichage dans la ville pour demander aux élu⋅es d'appliquer la réglementation relative aux double-sens cyclables.
En novembre la mairie réagit en présentant deux propositions :
- la mise en place de quelques arceaux pour le stationnement des vélos ;
- le balisage au sol d'un « itinéraire conseillé » de traversée du centre-ville.
Face à ces mesures peu ambitieuses, le collectif décide fin 2022 d’adresser un courrier à la commune en indiquant que ces dernières « n’auront aucun impact sur le développement de la cyclabilité et ne sont pas à la hauteur des enjeux économiques, écologiques et sanitaires ». En parallèle, une pétition (rassemblant 653 signatures à ce jour) est lancée.
En réponse, la mairie publie dans le magazine municipal de juin 2023 une discrète enquête intitulée « Mobilité et déplacements à Cabestany ». Un petit encart en bas de la page 6 propose, via un QR code, de participer à ce questionnaire, dont les résultats devaient être annoncés à l’occasion d’une réunion publique à la rentrée suivante. À l’heure où nous écrivons ces lignes, cette réunion n’a toujours pas eu lieu…

questionnaire mobilités, magazine mairie Cabestany

Dans l’intervalle, le collectif vient nous rencontrer en début d’année 2023 pour envisager des actions. Vélo en Têt propose de rencontrer l’élu pour lui présenter un diagnostic cyclable de la commune.
Ce sera fait le 23 mai, lors d’un long entretien de trois heures que nous allons tâcher de résumer.

Entretien avec l'élu à la mairie de Cabestany

- Présentation de l'association Vélo en Têt (historique et rôles), et des enjeux de mobilité pour Cabestany, ville de plus de 10 000 habitants bordant Perpignan au sud-est. Considérée comme « commune du pôle principal » (avec St Estève) par l'Insee du fait de son importance dans les flux domicile-travail de l'aire d'attraction de Perpignan.

- Analyse des résultats de la dernière enquête nationale de la FUB
(Fédération des Usagers de la Bicyclette), le Baromètre vélo (2021) concernant Cabestany.
« Le Baromètre des villes cyclables est l’indice de satisfaction des usagers du vélo en France. »
N.B : n’obtenant pas les 50 participations requises pour être qualifiée, la commune n’a pas été notée.
Cela donne déjà un indice (négatif) sur le niveau de cyclabilité de la ville.
Heureusement, certaines informations sont visibles sur la carte :

baromètre villes cyclables 2021, Cabestany

Points rouges (urgences) : sans surprise situés sur les grands axes et les ronds-points.
Points bleus (besoin de 🅿) : près des commerces, y compris au Mas Guérido et des écoles.
Points verts (améliorations) : principalement concentrés sur la liaison Cabestany-Perpignan, récemment réalisée au moment de l’enquête.

- Présentation du site « Villes.plus » qui établit une note et un classement à chaque ville de manière automatisée.
Cabestany obtient la note de 0,2/10. Selon l’outil, la ville ne possède en décembre que 2,21% de vrais trajets vélo sécurisés.
Les résultats sont visibles ici, carte à l’appui.

➡️ L’analyse de ces deux outils, l’un déclaratif, l’autre basé sur les données cartographiques, donne clairement la voie à suivre pour améliorer la cyclabilité de la ville et devrait être pris en compte et exploité par la commune à l’heure de planifier les priorités d’aménagement.

- Nous rappelons à l’élu que la plupart des gens ne prendront pas les bandes cyclables (=peinture sur la chaussée) proposées par la mairie car au vu du trafic routier, des vitesses effectives et du non traitement des ronds-points, les conditions de sécurité ne sont pas du tout remplies. Il est inimaginable de voir un enfant ou un·e sénior circuler à vélo sur la D22 par exemple…

- Comme nous l’avons vu dans l’analyse des équipements, la quasi-totalité sont des trottoirs partagés avec les piétons. Ces aménagements n'ont aucune existence légale vis à vis du Code de la Route (voir plus haut) et créent du conflit + de la mise en danger avec les piétons (on rappelle le différentiel de vitesse) mais aussi avec les automobilistes, puisque qu'à chaque intersection le/la cycliste empruntant le trottoir débouche sur un passage piéton... La plupart du temps, ces pistes peintes sur le trottoir en occupent toute la largeur, ce qui supprime de fait le trottoir pour les piétons.

Les double-sens cyclables (DSC)

La position de la municipalité, défendue par l’élu est claire : ils ne se mettront pas en conformité sur le DSC de l’avenue Jean Jaurès entre la pharmacie et La Poste, comme le leur demandaient les membres du collectif CABES’ VÉLO.
Alors que cet axe offre une magnifique opportunité de traverser rapidement et en sécurité (zone 30) le centre-ville, l’élu nous fait une proposition surprenante : baliser par des pictogrammes vélo au sol un itinéraire de contournement de cet axe ! (voir illustration du collectif ci-dessous) Un détour de presque 800m que notre interlocuteur trouve « acceptable »…

Cet itinéraire a notamment la particularité de longer au Sud le canal situé en contrebas avec un risque de chute, notamment pour les jeunes enfants et de déboucher au Nord au milieu d’une route à fort trafic dans une position de “pseudo-priorité” (c’est à dire une priorité à droite qui existe de par le code de la route mais en pratique peu respectée par les automobilistes…).
La devise Shadok ne peut être mieux illustrée qu’ici : « Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? ».
Quand on évoque l’absurdité d’un tel détour et le droit pour les cyclistes d'emprunter les DSC pour leurs déplacements, l’élu se dit prêt à leur en interdire le passage. Bel esprit !

comparaison DSC itinéraire mairie Cabestany

Piste cyclable Cabestany-Saleilles côté Cabestany (en face du complexe sportif La Germanor)

Pour le collectif cabestayenc (et pour VeT) la construction du lotissement, notamment le traitement de ses voies d’accès, a gâché la belle et attendue réalisation du CD66 en venant simplement couper la continuité vers Cabestany !

Pour longer ce nouveau lotissement, un itinéraire sur trottoir a été prévu mais son accès est barré par des blocs de béton (voir photo ci-dessous). Ce qui est fantastique c’est que cet obstacle déporte les cyclistes sur la départementale sur laquelle, on le rappelle, circulent 5 à 10 000 véhicules par jour, avec des arrivées de véhicules à 80km/h (quand la limitation est respectée).

D22 Cabestany "La mort par ici"

L’élu se voulait rassurant : les blocs béton seront « prochainement retirés » (NDLR : ils sont toujours là fin janvier 2024).
Un îlot végétalisé devrait être réalisé dans le prolongement de la piste cyclable, qui devra donc le contourner... Encore un détour « acceptable » de 400 mètres supplémentaires ?
Cela pour améliorer nous dit-on, la sécurité des cyclistes par rapport aux véhicules entrant et sortant du lotissement.

D22 entrée Cabestany itinéraire direct D22 entrée Cabestany itinéraire lotissement

Nous expliquons que nous ne voyons pas de problème de sécurité, ni l'intérêt de cet îlot : les véhicules qui entrent et sortent étant naturellement ralentis à cet endroit puisqu'ils doivent s'arrêter de toute façon au niveau de la départementale.
Mais encore une fois, l'avis de l'asso d'usagers que nous sommes ne semble guère pris en compte...

Quand on fait remarquer que le rôle d’un élu est de prendre en compte l’avis des habitants de la ville et que la pétition réclamant plus de sécurité pour les cyclistes a quand même réuni plus de 600 signatures, on s’entend répondre que la consultation pour la fresque du château d'eau a eu 1500 participations (à grand renfort de communication municipale). Chacun se fera sa propre opinion au sujet de cette remarque…

Axe av. Mitterrand - rte de Saleilles : le nouveau projet qui (nous) fâche

Si l’on voyait régulièrement apparaitre des « trottoirs cyclables » dans les deux dernières décennies pour ajouter du km linéaire à moindre coût sur le domaine public, il parait complètement anachronique de suivre ce modèle sur un projet de réfection de voirie d’une telle envergure et de ne pas profiter de cette opportunité décennale pour proposer une piste cyclable en site propre (uniquement dédiée aux cycles), laissant, enfin, le trottoir aux piétons qui rappelons-le, en sont les usagers légitimes !

Et pourtant, en réunion publique le 27 mars 2023 est présenté le projet de réfection de cette avenue qui propose… un « trottoir cyclable » ! Que l’on se comprenne : nous ne sommes pas radicalement contre la piste cyclable (la vraie) à hauteur de trottoir. Quand le trottoir est la seule option possible (ce n’est pas le cas ici vu la largeur disponible), le Cerema recommande un revêtement différencié et une séparation physique avec les piétons ; cette dernière doit prévoir une tolérance pour pardonner un écart. Cela peut se faire sous la forme d'un biseau, ce qui facilite également l'accès à l'aménagement contrairement à un trottoir (difficulté d'ailleurs pointée par l'élu).
Bref, l'usager (piéton/trottinette/vélo) doit savoir clairement où il doit circuler et il doit pouvoir le faire dans des conditions de sécurité acceptables pour les néo-cyclistes (adultes ou enfants).

Après les grèves de 2019 et la pandémie du Covid, qui ont fait bondir la pratique du vélo, vu les enjeux colossaux pour la santé et la sécurité routière, quand le gouvernement se donne comme objectif de 9 % de part modale du vélo en 2024 et 12 % en 2030, comment peut-on espérer que les gens vont se mettre au vélo avec ce genre d’aménagement ?

Ce projet anachronique va même encore plus loin que les aberrations décrites en début d’article puisqu’il assume complètement de donner l’exclusivité du trottoir aux cycles (côté Est) sur la moitié nord du linéaire (à partir du rond-point), en obligeant les piétons à traverser l’avenue pour aller sur le trottoir en face !

ℹ️ Le plan détaillé du projet est librement consultable ici.
Pour l'obtenir de la Métropole de Perpignan, nous avons du invoquer le droit d’accès aux documents administratifs.

Actualités

Le 25 novembre 2023, une vélorution (manifestation à vélo) a été organisée par Vélo en Têt entre Perpignan et Cabestany afin de pointer certaines des problématiques décrites dans cet article. Cette dernière a été un succès, réunissant une centaine de personnes et mobilisant plusieurs associations locales, également engagées dans la défense des modes actifs.

Vélorution du 25 novembre 2023 à Cabestany
Photo réalisée à l’occasion de la Vélorution du 25 novembre 2023, qui a réuni une centaine de manifestant·es à vélo à Cabestany.

Aucun·e représentant·e de la mairie n'a été présent·e et nous n'avons reçu aucune réaction de la part de la municipalité.
De son côté, la communauté urbaine Perpignan Méditerranée Métropole, en charge du chantier de l'avenue François Mitterrand et d'un très grand nombre d'axes structurants, fait la sourde oreille à nos propositions de collaboration alors pourtant que l'agglomération de Perpignan vient d'être classée par l'Insee pire ville de France sur les mobilités alternatives...

Faute de possibilités de dialogue avec ces deux collectivités, nous nous sommes rapprochés de la cellule juridique de notre fédération nationale, la FUB, afin de lancer un recours contre cet aménagement, illégal sur plusieurs points.
Nous avions déjà eu recours aux tribunaux avec succès contre la mairie de Perpignan en 2010 sans accompagnement. La cause cycliste a fait son chemin depuis et les retours que nous avons eus de leur part sont très encourageants, tant sur l'aspect réglementaire que sur les jurisprudences existantes. Nous vous tiendrons informé·es de la suite...

Conclusion

Il est important de noter pour les collectivités qu’il est encore possible de corriger le tir sur les aménagements anciens et à venir, et qu’il est toujours plus profitable de travailler avec les usagers, en s’appuyant sur l’expertise technique et pratique des associations, que de réaliser des travaux allant à l’encontre des règlementations nationales et recommandations officielles, basées sur des études de terrain qui ont fait leurs preuves.

Nous citoyens, voulons que l’argent public soit correctement investi et que les pistes cyclables ne soient pas faites au détriment des usagers légitimes du trottoir : les piétons.